Pourquoi le traitement de votre prise de vue est essentiel pour produire une image.

Avant d’essuyer une tempête en provenance des contrées obscures et extrémistes ou vivent certain collègues ; comprenez les afficionados des forums, groupes de discussion et clubs dédiés à ceux qui pensent qu’il suffit d’appuyer sur le déclencheur et ne plus travailler ensuite, sinon c’est gaché : Ce n’est pas moi qui le dit c’est Eugène Smith.  (lire et méditer sur cet article)

Je discute souvent avec des amis, des collègues, des clients, à propos du traitement des photos. Tous n’ont qu’un seul mot à la bouche PHOTOSHOP.

Photoshop. Ce terme, entré dans le langage commun en tant que verbe du 1er groupe, évoque essentiellement pour eux qu’il est certainement possible de produire une bonne image à partir d’une prise de vue de merde. Point.

On touche ici à l’essence des problèmes « Photoshop » dans leur ensemble, la génèse des extrémistes « Direct Sorti du Boitier Sinon Rien ». Un terrier douillet pour clients foireux qui pensent qu’il suffit de shooter Jeanne de la compta en train de faire semblant de courrir afin qu’une fois photoshopée ce soit une bombe atomique en plein trek dans l’Himalaya. Une révélation pour tous les fénéants qui au lieu d’apprendre le métier de la photographie se prétendent artistes car ils savent coller 3 filtres à faire vomir un âne sur … du n’importe quoi.

Maternity_101Ne me remerciez pas c’est cadeau.

NON, il n’est pas possible de produire une bonne image à partir d’une prise de vue ratée, moyenne, mal construite, et bien entendu sans fond.

Comme tout processus de fabrication, chaque étape repose sur les bases de la précédente ; le tout reposant sur le socle de la première étape : l’acte photographique au sens large incluant technique, intention, émotions… Il est donc strictement impossible de construire quelque chose de solide sur des fondations fragiles voire inexistantes.
Je pense qu’en disant cela, je réponds déjà à la question « pourquoi le traitement de votre prise de vue est essentiel » : le traitement de la prise de vue fait intégralement partie en argentique comme en numérique de la production d’une photographie.
Je ne m’adresse pas uniquement aux utilisateurs du verbe photoshoper, puisqu’à la base je m’appuyais sur le postulat d’Eugène Smith, grand photographe d’une exigence rare, qui est mort bien avant que ne fleurisse l’idée que ses futurs collègues photographieraient avec des ordinateurs pourvus de lentilles.

Photoshop est une transposition informatique de la chambre noire

Oui, le diable en personne pour certains, le messie absolu pour d’autres n’est ni plus ni moins qu’un vulgaire outil. Sortez vos dicos, voici une définition : « Un outil est un instrument utilisé par un être vivant directement, ou par le truchement d’une machine, afin d’exercer une action sur un élément d’environnement à traiter (matière brute, objet fini ou semi-fini…). Il améliore l’efficacité des actions entreprises ou donne accès à des actions impossibles autrement. »

Quand on photographie en argentique, avant même de porter le boitier à l’oeil nous avons effectué une première décision concernant les images que nous voulons produire qui rend indispensable Photoshop à celui qui travaille en numérique : Le choix de la pellicule.
En choisissant la pellicule, on détermine un certain rendu des couleurs, des contrastes, le type de grain , la dynamique dans les basses et hautes lumières… Des choix extrêmement importants que l’on ne peut faire qu’à posteriori en numérique.

En argentique, une fois la pellicule exposée, on fait encore un choix, le développement. On peut pousser la sensibilité pour faire éclater le grain et le contraste, on peut agir chimiquement sur le rendu avec du developpement croisé  ou bien conserver les propriétés premières de la pellicule choisie. Pour ce choix, en numérique, nous avons besoin d’un équivalent. Photoshop.

Une fois la pellicule developpée, nous choisissons un support papier puis c’est le passage au tirage en chambre noire. Les toutes petites cervelles d’oiseau négationnistes adeptes du « Direct Sorti du Boitier » vous diront que ces documents sont des faux et que la retouche au tirage n’a jamais existé. Cependant … remercions MAGNUM PHOTOS d’avoir mis ces documents à disposition du public.

Je ne vous fait pas un dessin, il est encore une fois indispensable à la photographie numérique de disposer d’un outil pour répondre à ces besoins de retouche.

Mais avec photoshop, on peut faire des montages de dingue !!!!

Oui. On peut l’apprendre à l’école, ou se former soi même avec du temps et du courage… tout comme il était possible de le faire avant !

Fouinez un peu, ouvrez vos yeux, vous découvrirez par vous même que la réponse à un besoin essentiel n’a pas attendu l’arrivée du silicium et de photoshop. J’ai envie/besoin d’effacer, de rajouter, de modifier tel ou tel détail, je trouve un moyen pour le faire. C’est simple… et c’est tout.

Pour en revenir à Eugène, et bien d’autres figures emblématiques de la photographie, le travail en dehors de la prise de vue est considérable car il permet de retranscrire au mieux ce que le photographe à VU plutôt que ce que la pellicule à bien voulu capturer comme information de lumière.
En rebondissant sur le terme « information », je voudrais tenter une image facile à comprendre. La différence entre ce qui est imprimé sur la pellicule et la photographie finale que livre l’auteur est la même qu’entre une dépêche AFP et son article étoffé et réfléchi par un journaliste compétent d’un grand quotidien.

Vous suivez ? très bien !

On peut se contenter d’écrire des dépêches, c’est un exercice compliqué qui demande beaucoup d’adresse et de savoir faire. Comme photographier ; capturer le plus parfaitement possible la colonne vertebrale et le « jus » d’une scène. Ensuite c’est une question de choix, veut-on écrire un recueil de brèves ? une nouvelle ? un roman ?
La photographie depuis toujours excelle pour nous raconter des histoires, nous dire des choses, c’est un véhicule d’informations, de sentiments et d’émotions formidable qui n’existe que par une chaine complexe et ordonnée d’artisanats aussi importants les uns que les autres.
Pourquoi devrions nous avoir honte quand on travaille en numérique d’utiliser les mêmes outils que ceux qui utilisent de la pellicule ? Devrions nous nous amputer de 90% du « job » sous pretexte qu’il y à des millions de personnes sans aucun gout qui manipulent des outils à tort et à travers et qui polluent fatalement les esprits. Doit on manger avec les doigts en se repentant car des milliers de meurtres ont lieu avec des couteaux de cuisine ?
Sans aller jusque là, trouveriez vous normal de devoir vous allumer une clope en frottant deux silex ? bien sur que non. Mais cela ne remet pas en cause le fait que tout le monde (?) rêve de savoir faire un feu avec deux bouts de bois ou deux cailloux, parce que c’est poétique, old school, et quand on y arrive c’est une satisfaction bien plus grande que lorsqu’on gratte une allumette. Seulement voilà, si le but est de faire du feu je choisirai l’allumette. Si par contre je suis en randonnée avec ma belle (ça n’arrivera jamais) et que j’ai envie de faire un peu le malin (ça par contre, c’est tous les jours), être romantique et que nous sentions bon elle le feu de bois et moi la sueur, je frotterai certainement deux morceaux de bois jusqu’à m’en faire saigner les mains…

Avant de sortir le briquet, comme le font 90% de ceux qui travaillent en argentique et qui… scannent leurs négatifs.

 

A suivre…

 

L’image de couverture de cet article à été choisie plus parce qu’elle est l’abomination ultime des extremistes « Direct Sorti du Boitier » que pour souligner l’importance du traitement après la prise de vue. En effet, elle à été prise il y a deux jours lors d’une micro séance au pied levé, transférée sur un téléphone portable via WiFi afin d’obtenir des noirs plus fades et une saturation réduite (vsco cam / basé sur le preset « A6 »), puis envoyée par email en 4G pour atterrir directement ici.
A tous ceux qui ont vomi ou projettent de procéder à une autolyse, je vous souhaite un bon voyage. On en reparlera bientôt 😉

 

 

10 Comments

  1. Wilhelm 3 années ago Reply

    Salut Stéphane,
    Excellent article et bravo pour ton style. Très agréable et amusant à lire.
    Ciao!
    Will

  2. M. (pas le musicien) 3 années ago Reply

    Les malins modernes ont inventé le fire steel pour ne plus sentir la sueur (simple question de pérennisation de l’espèce), les couillons modernes pensent à prendre une petite bouteille d’essence au pire. Ceci est un échange de bons procédés, toi photo, moi rando. Et les mêmes interrogations dans des domaines différents! Me demande si l’espèce humaine apprend à réfléchir avec le temps.

  3. phil 3 années ago Reply

    salut steph… hugh ..; moi y en a étre grand sachem photoshop hugh ….. lol
    savoir utiliser photo pourav pour crea … hugh … c’est meme plus rigolo hugh…
    mais bon ….la créa, c’est l’IDEE …. d’abord… la photo c’est l’outil … que l’on traite avec plus ou moins de réussite, plus ou moins de talent … Filtres ? que nenni … j’en ai utilisés dans les années nonante quand j’ai commencé, mais depouis, j’ai éradiqué ce terme de mon veau qu’a bu l’air …
    J’entremele typos, formes vectos, j’enleve ou j’ajoute de la matiere selon le plaisir ou l’effet désiré, selon que le nombre d’or ( arghhh ) le nécessite ou pas. Plus sérieusement, photoshop est un couteau suisse qu’on utilise pour gommer des imperfections, faire des collages pour repondre à des briefs, optimiser une image via camera raw ou autres … Pour moi, que le bokeh soit réussi, tant mieux mais le cadrage, la perception du détail qui change tout, le clin d’oeil humoristique qui déclenche le sourire ( declenche, le mot magique ) voila l’important. J’adore ce que tu fais steph, parce que il y a TOUJOURS un pointde vue original, la peinture rayon X comme chez les abos où l’on peut comprendre le personnage tout en regardant un morceau d’art ( a piece of art ). alors photoshop, vi , c’est un outil, mais au service d’un art. Photoshop n’est pas un art et ras le bol de voir des images avec du traitement HDR … ce n’est pas de la créa, désolé, L’HDR n’est acceptable que si çà amène un plus, et c’est rare que çà le fasse. Je préfere voir une image passée au trichlo sur un format raisin – çà fait des effets improbables mais géniaux. Les filtres photoshop sont chiants car on les reconnait du premier coup d’oeil . un bon filtre, c’est lorsqu’on ne le voit pas …
    Toute la contradiction est là. bien utiliser photoshop, c’est faire en sorte qu’on ne sache pas qu’on l’a utilisé. Tout est dit lol …. Hugh . Sachem a parlé …. bises mon pouletoum …
    Amicalement Phil

  4. Salvi 3 années ago Reply

    L’info dans tout ça, c’est quand même que Madame peut ranger dans une armoire son rêve de partir en rando avec toi….. 😀

  5. Marjorie 3 années ago Reply

    Bonjour, et bel article !
    A toutes les personnes qui pensent que les photographies argentiques ne sont pas « retouchées », je leur conseillerai de regarder « Les photos d’Alix » de Jean Eustache
    https://www.youtube.com/watch?v=96LmSyvIuJU
    Bonne continuation !

  6. patt 3 années ago Reply

    je ne suis pas photographe, je n’ai pas fait d’école d’audiovisuel qui m’aurait dépouillé….j’aime juste la photo. Il y a très longtemps j’ai reçu en cadeau un agrandisseur (que j’ai toujours). Internet n’existait pas encore (ne devinez pas mon grand âge!), j’ai appris dans des clubs à choisir une pellicule, un papier, à bouger mes doigts devant la lumière, à compter (non ! trop plat, trop sombre), à tester. Tout est une histoire de passion, de lumière, d’émotion, de tri aussi. J’adore lightroom, il éclaircit les yeux bleu vert de ma fille, sublime les cheveux de mon fils, assombrit le regard de mon amoureux, noircit l’eau de la garonne, fait rougir mon mur de facade. De la nuance..du piment…et alors ! moi j’aime bien. Je prends plaisir à regarder des images de Lachapelle (chacun ses gouts après tout) ou de vieux GEO (ben oui chacun ses gouts !!), j’y trouve mon compte.
    Une amateur

  7. Jimajeans 3 années ago Reply

    Bonjour,
    Votre article me représente bien, lorsque j’avais un appareil photo datant de la guerre d’Indochine, je le manipulais merveilleusement bien. Et, il y a pas longtemps de me suis offert un luxe japonnais et bien je trouve que mes clichés sont tous ratés, mauvaise ouverture, sous expo, sur expo que dire la technologie ça me complique mes neurones. Je n’y comprends que dalle, alors si tu pouvais me donner ton avis perso voici ma page https://www.flickr.com/photos/jimajeansphotography/ et à titre gracieux me conseiller sur des astuces que j’appliquerai ultérieurement. Bien cordialement.
    Jean-Marie

  8. Nicolas 3 années ago Reply

    Article très sympa à lire.Merci
    La photo est vraiment excellente, si jamais tu peut nous en dire plus sur sa réalisation j’en serais ravi.

  9. Franz 3 années ago Reply

    D’accord pour la nécessité de traiter la photo. Parce que, pour ne s’en tenir qu’au numérique, à la prise de vue, on n’a que l’information de la photo. Pas la photo. Et que s’en tenir à la sortie du boîtier, c’est confier le boulot de développement à l’ingénieur qui a conçu ce dernier et au logiciel qui est dedans. Ceci dit, chacun fait de la photo comme il l’entend. A celui qui me demande conseil pour acheter un boîtier qui prend de bonnes photos pour pas trop cher, je lui réponds que ça n’existe pas. Ca renvoie à tout le travail en amont qui est évoqué ici. Et que si cette personne ne veut pas se donner la peine d’étudier les principes de base, qu’elle se contente de son téléphone. Ca marche très bien. Et surtout, ça donne une liberté, une approche, une relation avec son sujet que l’on n’a pas toujours derrière son viseur. Et l’essentiel est là pour le commun des mortels. Ce qui importe est le témoignage de l’instant. A condition de ne pas se prendre pour un génial créateur et de saisir le moment en toute modestie. En ne perdant pas de vue que les meilleures photos que l’on réalise exigent d’avoir un appareil sous la main. Le reste est boniment. Ceci dit, il n’y a pas que Photoshop.

  10. Cédric 3 années ago Reply

    Merci pour la photo du bébé dans le ventre. Elle est magnifique (non, non, c’est sincère)

    Sinon, cet article est destiné a être une reference : Non seulement c’est bien argumenté, mais en plus c’est subtil. (Et en plus, je suis d’accord) Merci. Et bravo.

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