Un retour d’expérience photographique.

Un retour d’expérience photographique.

J’ai la chance et l’honneur de travailler depuis 6 ans pour « Octobre Rose », le mois dédié au dépistage des cancers du sein. Dans ce cadre, je passe régulièrement des appels à volontaires afin de produire des images et du contenu qui servira à l’association DOC31 (Dépistage Organisé des Cancers 31) tout au long de l’année à mener des actions de terrain en faveur du dépistage.
Pour la première fois, j’ai reçu par email un retour d’expérience de la part d’un groupe de femmes venues soutenir la cause.
Je sais qu’au delà des photos, il se crée quelque chose. Le lire en toutes lettres m’a rappelé pourquoi j’aime mon métier. Merci les filles.


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Une entreprise est un lieu de vie, au sein duquel une cohabitation se met en place. Cohabitation ne voulant pas dire intimité.

Nous passons une grande partie de notre temps dans cet environnement fermé, auprès de nos collègues, tentant d’œuvrer pour un même but.

Pourtant, même 10 ans passés côte à côte ne feront pas moins de nous des inconnus.

Dans ce cadre-là, proposer une initiative collective touchant l’intimité, par sa forme, comme par son fond, ne peut être neutre.

J’ai déjà proposé des courses d’obstacles, des apéros en ville, des occasions de fédérer cette famille imposée, mais je ne m’attendais pas, cette fois, à ce taux de retours-là.

D’autant qu’il y a peu, une photographe, missionnée pour faire des clichés des personnels de l’entreprise, s’est heurtée aux défauts de confiance, aux fragilités de ces mêmes femmes : « je n’aime pas les photos », « non mais là je suis moche », « c’est obligé ? »…

En envoyant un mail à mes collègues femmes pour leur proposer de poser, torse nu, devant un objectif, je m’attendais à des réactions épidermiques, des « non-mais-tu-rigoles ».

C’était, je l’avoue, un peu de provoc.

Mais j’avais tort.

Sur les 20 femmes qui ont reçu ce mail, 10 étaient présentes.

Et celles qui ne l’étaient pas avaient, pour la plupart, de vraies contraintes.

Premières réactions contrastées.

D’abord un grand « Oui » pour la Cause.

Et puis un peu de « détaille-moi ton histoire »: « où ? », « quand ? », « comment ? ».

Un peu de « rassure-nous » en quelque sorte.

Mais au delà de ça, l’Envie.

De faire un quelque chose pour cette cause qui les concerne toutes, qui les touche toutes, au sein, de leur féminité.

Alors, sans vraiment devoir forcer, inciter ou argumenter, les timidités ont peu à peu laissé place aux convictions, aux envies d’action.

Une petite bataille pour certaines.

Au fil des heures, au fil des jours, les langues se sont déliées. Nous avons parlé de Nous, de nos connaissances touchées, de nos galères de mammographie, de nos gros et trop petits seins. Nous avons ri sous cape entre deux banalités de bureau, lancé des regards complices entre deux portes, parlé d’intime dans ce cadre formel.

Poser devant un photographe dans un studio n’est pas une scène du quotidien.

C’est une démarche qui nous pousse dans les retranchements de notre pudeur.

Que nous soyons nues ou même vêtues.

Alors, boostées par la force de la situation et par la perspective du moment partagé, un Groupe s’est formé.

L’effervescence est montée.

Jusqu’au jour J.
Toutes ensemble nous avons débarqué.
En meute, pour se rassurer.
Puis l’euphorie a laissé place au stress.

Un peu de courage dans les poches, des blagues potaches pour masquer le trac et l’envie, finalement, de faire demi-tour.

Certaines se sont lancées, tête baissée, pour abréger.

Les autres ont attendu, en retrait, espérant que le courage grandisse ou que le stress finisse par se faire la malle.

Devant l’objectif, seules devant le pied du mur, les visages sont crispés, les sourires nerveux.

Les photographes tentent de mettre à l’aise, de retirer ce qu’il reste de protection sur ces peaux déjà nues.

« Mets-toi sur la marque; baisse un peu la pancarte; non plus haut; non plus bas; c’est parfait; ne t’inquiètes pas on ne voit rien; regardes moi; souris; détends toi; lèves la tête; regardes moi; souris.

C’est bon. »

C’est fait.

Peu importe le cliché, même parfait.

De ce moment, il restera un peu de courage dans les poches, une expérience à partager, et surtout la fierté de l’avoir fait.

Retour au bureau. Fin du jeu.

« C’est quand qu’on voit les photos ? ».

Les amazones sont finalement des femmes comme les autres.

 

—Cécile P.

La photo de famille

La photo de famille

La photo de famille est avec la parole des anciens les matériaux nécessaires pour savoir d’où l’on vient et combien le chemin est plus important que la destination. Aujourd’hui cette image permet de fixer la bienveillance d’un grand frère envers un petit homme assoiffé de Faire. Demain, elle sera oubliée. Dans 20 ans, on évoquera émus ceux qui, hors cadre, manqueront à l’appel. C’est aussi et surtout ça la photographie, tout ce que l’on met dans le cadre est évident, tandis que ce l’on choisi de ne pas y mettre construit la magie du visible.

Pourquoi le traitement de votre prise de vue est essentiel pour produire une image.

Avant d’essuyer une tempête en provenance des contrées obscures et extrémistes ou vivent certain collègues ; comprenez les afficionados des forums, groupes de discussion et clubs dédiés à ceux qui pensent qu’il suffit d’appuyer sur le déclencheur et ne plus travailler ensuite, sinon c’est gaché : Ce n’est pas moi qui le dit c’est Eugène Smith.  (lire et méditer sur cet article)

Je discute souvent avec des amis, des collègues, des clients, à propos du traitement des photos. Tous n’ont qu’un seul mot à la bouche PHOTOSHOP.

Photoshop. Ce terme, entré dans le langage commun en tant que verbe du 1er groupe, évoque essentiellement pour eux qu’il est certainement possible de produire une bonne image à partir d’une prise de vue de merde. Point.

On touche ici à l’essence des problèmes « Photoshop » dans leur ensemble, la génèse des extrémistes « Direct Sorti du Boitier Sinon Rien ». Un terrier douillet pour clients foireux qui pensent qu’il suffit de shooter Jeanne de la compta en train de faire semblant de courrir afin qu’une fois photoshopée ce soit une bombe atomique en plein trek dans l’Himalaya. Une révélation pour tous les fénéants qui au lieu d’apprendre le métier de la photographie se prétendent artistes car ils savent coller 3 filtres à faire vomir un âne sur … du n’importe quoi.

Maternity_101Ne me remerciez pas c’est cadeau.

NON, il n’est pas possible de produire une bonne image à partir d’une prise de vue ratée, moyenne, mal construite, et bien entendu sans fond.

Comme tout processus de fabrication, chaque étape repose sur les bases de la précédente ; le tout reposant sur le socle de la première étape : l’acte photographique au sens large incluant technique, intention, émotions… Il est donc strictement impossible de construire quelque chose de solide sur des fondations fragiles voire inexistantes.
Je pense qu’en disant cela, je réponds déjà à la question « pourquoi le traitement de votre prise de vue est essentiel » : le traitement de la prise de vue fait intégralement partie en argentique comme en numérique de la production d’une photographie.
Je ne m’adresse pas uniquement aux utilisateurs du verbe photoshoper, puisqu’à la base je m’appuyais sur le postulat d’Eugène Smith, grand photographe d’une exigence rare, qui est mort bien avant que ne fleurisse l’idée que ses futurs collègues photographieraient avec des ordinateurs pourvus de lentilles.

Photoshop est une transposition informatique de la chambre noire

Oui, le diable en personne pour certains, le messie absolu pour d’autres n’est ni plus ni moins qu’un vulgaire outil. Sortez vos dicos, voici une définition : « Un outil est un instrument utilisé par un être vivant directement, ou par le truchement d’une machine, afin d’exercer une action sur un élément d’environnement à traiter (matière brute, objet fini ou semi-fini…). Il améliore l’efficacité des actions entreprises ou donne accès à des actions impossibles autrement. »

Quand on photographie en argentique, avant même de porter le boitier à l’oeil nous avons effectué une première décision concernant les images que nous voulons produire qui rend indispensable Photoshop à celui qui travaille en numérique : Le choix de la pellicule.
En choisissant la pellicule, on détermine un certain rendu des couleurs, des contrastes, le type de grain , la dynamique dans les basses et hautes lumières… Des choix extrêmement importants que l’on ne peut faire qu’à posteriori en numérique.

En argentique, une fois la pellicule exposée, on fait encore un choix, le développement. On peut pousser la sensibilité pour faire éclater le grain et le contraste, on peut agir chimiquement sur le rendu avec du developpement croisé  ou bien conserver les propriétés premières de la pellicule choisie. Pour ce choix, en numérique, nous avons besoin d’un équivalent. Photoshop.

Une fois la pellicule developpée, nous choisissons un support papier puis c’est le passage au tirage en chambre noire. Les toutes petites cervelles d’oiseau négationnistes adeptes du « Direct Sorti du Boitier » vous diront que ces documents sont des faux et que la retouche au tirage n’a jamais existé. Cependant … remercions MAGNUM PHOTOS d’avoir mis ces documents à disposition du public.

Je ne vous fait pas un dessin, il est encore une fois indispensable à la photographie numérique de disposer d’un outil pour répondre à ces besoins de retouche.

Mais avec photoshop, on peut faire des montages de dingue !!!!

Oui. On peut l’apprendre à l’école, ou se former soi même avec du temps et du courage… tout comme il était possible de le faire avant !

Fouinez un peu, ouvrez vos yeux, vous découvrirez par vous même que la réponse à un besoin essentiel n’a pas attendu l’arrivée du silicium et de photoshop. J’ai envie/besoin d’effacer, de rajouter, de modifier tel ou tel détail, je trouve un moyen pour le faire. C’est simple… et c’est tout.

Pour en revenir à Eugène, et bien d’autres figures emblématiques de la photographie, le travail en dehors de la prise de vue est considérable car il permet de retranscrire au mieux ce que le photographe à VU plutôt que ce que la pellicule à bien voulu capturer comme information de lumière.
En rebondissant sur le terme « information », je voudrais tenter une image facile à comprendre. La différence entre ce qui est imprimé sur la pellicule et la photographie finale que livre l’auteur est la même qu’entre une dépêche AFP et son article étoffé et réfléchi par un journaliste compétent d’un grand quotidien.

Vous suivez ? très bien !

On peut se contenter d’écrire des dépêches, c’est un exercice compliqué qui demande beaucoup d’adresse et de savoir faire. Comme photographier ; capturer le plus parfaitement possible la colonne vertebrale et le « jus » d’une scène. Ensuite c’est une question de choix, veut-on écrire un recueil de brèves ? une nouvelle ? un roman ?
La photographie depuis toujours excelle pour nous raconter des histoires, nous dire des choses, c’est un véhicule d’informations, de sentiments et d’émotions formidable qui n’existe que par une chaine complexe et ordonnée d’artisanats aussi importants les uns que les autres.
Pourquoi devrions nous avoir honte quand on travaille en numérique d’utiliser les mêmes outils que ceux qui utilisent de la pellicule ? Devrions nous nous amputer de 90% du « job » sous pretexte qu’il y à des millions de personnes sans aucun gout qui manipulent des outils à tort et à travers et qui polluent fatalement les esprits. Doit on manger avec les doigts en se repentant car des milliers de meurtres ont lieu avec des couteaux de cuisine ?
Sans aller jusque là, trouveriez vous normal de devoir vous allumer une clope en frottant deux silex ? bien sur que non. Mais cela ne remet pas en cause le fait que tout le monde (?) rêve de savoir faire un feu avec deux bouts de bois ou deux cailloux, parce que c’est poétique, old school, et quand on y arrive c’est une satisfaction bien plus grande que lorsqu’on gratte une allumette. Seulement voilà, si le but est de faire du feu je choisirai l’allumette. Si par contre je suis en randonnée avec ma belle (ça n’arrivera jamais) et que j’ai envie de faire un peu le malin (ça par contre, c’est tous les jours), être romantique et que nous sentions bon elle le feu de bois et moi la sueur, je frotterai certainement deux morceaux de bois jusqu’à m’en faire saigner les mains…

Avant de sortir le briquet, comme le font 90% de ceux qui travaillent en argentique et qui… scannent leurs négatifs.

 

A suivre…

 

L’image de couverture de cet article à été choisie plus parce qu’elle est l’abomination ultime des extremistes « Direct Sorti du Boitier » que pour souligner l’importance du traitement après la prise de vue. En effet, elle à été prise il y a deux jours lors d’une micro séance au pied levé, transférée sur un téléphone portable via WiFi afin d’obtenir des noirs plus fades et une saturation réduite (vsco cam / basé sur le preset « A6 »), puis envoyée par email en 4G pour atterrir directement ici.
A tous ceux qui ont vomi ou projettent de procéder à une autolyse, je vous souhaite un bon voyage. On en reparlera bientôt 😉

 

 

Ma foi, tant qu’on est debout… (on peut shooter au Fuji X-T1)

Ma foi, tant qu’on est debout… (on peut shooter au Fuji X-T1)

Je reprends la plume pour la première fois depuis le début de l’année tant l’actualité fût chargée, terrible. Certains bloggeurs et bloggeuses que je suis ont dignement levé le pied, d’autres, souvent les mêmes qui avaient fait fortune en followers durant la vague « pray for Japan » sont devenus Charlie.

Comme dirait ma tante, en photo de couverture, « Ma foi… tant qu’on est debout… ». J’aime à penser que cette phrase qu’elle affectionne est sa version travestie de lassitude du fameux « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » mais je ne suis sur de rien. Aujourd’hui je suis passé chez elle changer une ampoule et prendre un café affreusement fort. Je ne sais pas quel est son secret pour arriver à donner un arrière gout de citron à un bon vieux carte noire. Peut être le micro-ondes. Peut être qu’elle y met du citron tout simplement. C’est affreux mais je l’aime. Elle et son café.

Comme chaque fois, on échange des banalités. Elle me parle de ses voisins, des travaux sur l’avenue, me demande des nouvelles des enfants, du boulot… et fini toujours sur le prix des piles de ses appareils auditifs puis me demande si j’ai pris des nouvelles de ma mère. Dans cet ordre là, très exactement.
Seulement voilà, aujourd’hui, il y avait une accumulation de 5 jours de direct de BFMTV entre ses deux sonotones. Nous sommes passés des voisins directement aux attentats. J’ai compris que le seul évènement  qui pourrait prendre la première place dans l’ordre des discussions règlementaires, c’est l’entrée de la France dans la 3ème guerre mondiale… sauf si le chauffe-eau est en panne.

Quoi qu’il en soit, elle avait une vision assez juste de la situation, et même si elle confondait Charb et Choron, ben Laden et l’ayatollah khomeini, elle avait eu peur de voir la liberté attaquée à l’arme lourde et s’inquiétait du vivre ensemble de demain.  Bon ok, elle m’a avoué avoir aussi un peu peur quand elle prend le bus.

Depuis des années, je prends ma tante en photo.

L’histoire à commencé en argentique il y à longtemps et depuis elle à eu droit à toutes sortes d’images numériques issues tant de reflex que de téléphones. Aujourd’hui j’y suis allé avec mon hybride Fuji X-T1. J’ai acheté ce boitier ainsi qu’un équivalent 35mm, le Fujinon XF 23mm f/1.4 R.
Je ne savais pas comment vous parler de ce boitier, car je n’ai nullement l’intention de faire un Xième « test-complet-à-la-con », et quoi de plus catastrophique que de mixer tout ça avec la détresse d’une nation et celle de ma tante. Peu importe.
J’ai découvert la gamme X de Fuji grâce à un ami qui m’a glissé entre les doigts un X-PRO1. J’ai tremblé. Puis j’ai offert à ma femme un X100S, j’ai transpiré quand j’ai compris que sa place était dans son sac à main… Donc j’ai attendu, réfléchi… puis j’ai craqué pour le X-T1.

Avant toutes considérations techniques, il me fallait absolument un boitier discret, léger, robuste et qui permette de produire des images de qualité. Gardant en mémoire que le meilleur appareil  est celui qui est dans votre poche en permanence, et me voyant de plus en plus souvent sortir de chez moi sans boitier, j’ai tenté l’expérience Fuji.
Depuis pas mal de temps déjà, je ne prenais plus mon lourd et encombrant boitier en sortant de chez moi, sauf si je prévoyais spécialement d’aller faire des images. Cette flemme m’a valu 1000 fois de faire de très belles images « avec les yeux » mais, du coup, je ne peux les partager avec personne. Ca vous dit quelque chose ?

Je reviendrai sur le X-T1 et mon retour d’expérience quand j’aurais fait plus d’images avec lui ; dans la rue, au studio, en reportage…

 

Depuis des années donc, je prends ma tante en photo. De temps en temps je partage quelques portraits d’elle sur instagram ou Facebook. Des fois car l’image me plait, souvent parce que sa solitude me touche profondément. Je documente ainsi chaque passage, chaque café-citron, je note parfois une anecdote. Ce n’est pas un boulot de photographe, c’est un travail de mémoire. Nous sommes à la fois si proches et si lointains.
Souvent, on me demande pourquoi ma tante et non pas ma mère. La première fois je n’ai pas su quoi répondre. Il est vrai que prendre une photo, pour beaucoup d’entre nous, relève plus du réflexe, d’un désir impérieux, d’un sentiment ou d’une drôle d’impression qui commande expressément de déclencher là, ici et maintenant parce qu’il -le faut-.
J’ai donc cherché une réponse à cette question récessive et il me semble avoir trouvé la réponse. Quand il manque de mots, je fais une photo. Il peut manquer de mots pour beaucoup de raisons, mais ici il manque de mots entre nous.  Ce n’est pas un paysage qui vous laisse sans voix, ce n’est pas une émotion si vive qu’il est plus facile de déclencher que de formuler ce que l’on ressent. Non. C’est la lenteur monotone d’un tic-tac d’horloge, le ron-ron d’un réfrigérateur, la place de gauche usée jusqu’à la corde d’un canapé qui sera « mi-neuf » jusqu’à la fin, et un script de la visite huilé aux banalités et calibré aux convenances.
Des photos pour comprendre, sonder, mesurer. Une image comme une question.

De ces images ordinaires pour tous et si particulières pour moi, il en restera un beau reflet dans les yeux de mes enfants. Pour l’instant, à cause de ce manque de mots et parce qu’elle est sourde comme un pot, je les soupçonne de la croire un peu zinzin. C’est amusant car ils ne savent pas encore que c’est certainement grâce à elle que j’ai découvert pourquoi je fais des photos.

 

 

Guide : Les « 300 DPI » à l’usage des chefs de ceci et cela qui bossent en Agence de Com’

J’ai passé du temps, beaucoup de temps, à sourire bêtement et à m’extasier au moindre bout de foie gras exhibé, à la moindre flatulence de mon cadet, à feindre d’avoir toujours rêvé de posseder des chaussettes bi-colores à têtes de mort. Oui, c’était Noël. Et il va peut être falloir remettre ça au premier de l’an, sauf si cette soudaine grippe me sauve la mise en tenant le mercure à bout de bras encore deux jours.
Bref, je suis pas d’humeur. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris d’aller lire mes emails ce soir entre deux gémissements de rigueur (je suis un homme qui se respecte et déclare ne plus en avoir pour très longtemps au premier microbe qui s’accroche plus de 24 heures).

Cher Mr Giner,
Je vous remercie de la rapidité de votre réponse. Nous avons bien reçu la photo SGXXXXXXX.JPG, cependant, il nous faudrais AU PLUS VITE la version HD 300DPI afin de l’intégrer dans la maquette finale.

D’avance, merci. Cordialement,
XxX

Mon dieu que ce genre de message me crispe profondément !

Le fichier en question est issu de mon Canon 5D mark III, non recadré. La définition de l’image est 5760×3840 pixels (je multiplie pour vous  : 22,1184 millions de pixels le compte y est). De base les Canon incluent la métadonnée de résolution : 240 dpi.

Toute personne saine d’esprit, sachant faire une division et connaissant les bases fondamentales de son travail de CHEF de va savoir quoi dans la presse et l’édition vous dirait qu’avec ce fichier elle pourrait imprimer une zone de 5760 (pixels de large)/300(dpi) = 19,2 pouces par 3840(pixels)/300(dpi) = 12,8 pouces. Une rapide conversion en centimètres (attention les CHEFS ça se complique il va falloir faire un multiplication à présent) donne 48,77 cm de large par 32,51 cm de haut. Plus grand qu’un A3 ! Plus de deux fois plus grand qu’une pleine page dans ton canard !!!! Incroyable non ?

Cherchons à partir de quand ton génial cerveau à buggé, ami « de la com' ».

Non, ton cerveau n’à pas buggé. Tu n’as rien confondu. Aucune méprise. Avoue tout net que tu n’as jamais su pourquoi tu demandais de la « HD » et que tu rajoutais le fameux 300 dpi à la suite. Tu le demande sans savoir pourquoi, parce que ton imprimeur l’a dit voilà tout. Tu n’y comprends RIEN de RIEN et c’est normal car tu t’en fiche si personne ne t’explique.
Sache, cher ami de la com’ que nous autres petits artisans de l’image n’y verraient rien à redire SI ET SEULEMENT SI tu assumais le fait d’y piger que dalle et qu’une fois le brief donné, le devis raboté et la valse des réunions bouclée tu passais là main à ceux qui savent : Tes graphistes, tes exé(cutants).

Il ne faut pas confondre résolution et définition de l’image.

Définition de l’image ——> Une image numérique est une mosaïque, formée de plein de petits morceaux que l’on appelle des pixels. « Le pixel (souvent abrégé px ou p) est l’unité de base permettant de mesurer la définition d’une image numérique matricielle. Son nom provient de la locution anglaise picture element, qui signifie élément d’image. » Wikipédia
Plus il y a de pixels, plus l’image est définie. Point.

Résolution de l’image ——> La résolution représente la finesse d’impression. C’est là qu’intervient le truc technique qui te plait tant, le « 300 DPI ». En français c’est points par pouce. Inutile de sortir d’une grande école pour savoir ce que cela veut bien dire. Attention au piège de la mort : point = pixel. Donc la résolution de ton image sera de 300 pixels pour un pouce de papier. Comme nous avons vu plus haut que tu devais savoir multiplier, pour un pouce carré, il te faudra débourser la somme de 90.000 pixels. (un pouce c’est 2,54 cm, je sais que tu aimes l’anglais par dessus tout, mais faut pas pousser mémé)
Cette information de résolution, tu peux la changer dans tous les sens comme tu veux, elle ne viendra jamais changer la définition de ton image. Elle ne sert qu’à une seule chose, dire au moment de l’impression à la machine qui va la traiter combien tu veux mettre de pixels de ton image sur un pouce.

Comment savoir si l’image que je t’envoie est d’une définition suffisante pour la taille qu’elle doit occuper dans ton document, sachant que tu veux du 300 pixels par pouce ?

Je vais pas te fatiguer, ami de la com’. Je t’aime, tu le sais. Qui aime bien châtie bien, mais il y a des limites à ne pas dépasser, surtout entre la crise de foie de Noël et la cuite du nouvel an.

Tu sélectionnes le fichier, et tu presses CMD+I sur ton Macbook Air hors de prix pour checker tes mails. Tu notes la définition de l’image. Ici c’est 5760×3840 pixels.
Tu prends la largeur 5760 et tu divises par 118,11. tu obtiens 48,77 cm.
Tu prends la hauteur 3840 et tu divises encore par 118,11. tu obtiens 32,51cm

Voilà, tu as calculé la taille d’impression maximum d’une image à 300 dpi. Donc après je te passe les détails, tu regardes juste si la taille obtenue est supérieure ou égale à la zone ou tu veux l’insérer dans ta maquette. Si tu ne la connais pas, n’hésite surtout pas à demander conseil à ton graphiste.

Bon dieu, c’est génial, je suis ivre de savoir et je veux aller plus loin !

Digère bien cette formule magique dans un premier temps. Deux division, c’est tendu. Ne va pas te claquer un truc, déconne pas. (Avant d’en faire des cauchemars, 118,11 c’est la valeur en points par centimètre équivalente à 300 points par pouce).

Ensuite régale toi de ces 3 premiers résultats de recherche que tu aurais pu trouver sur google, si d’aventure tu avais eu un peu de conscience professionnelle :

http://blog.arnaudfrich.com/photo/pour-en-finir-avec-les-72-dpi/

http://www.olivewhite.com/blog/differences-entre-resolution-et-definition/

http://fr.wikipedia.org/

 


 

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La photo de couverture a une définition de 1980 x 1280 px. Saurais tu, ami de la com’ me dire à quelle taille maximum en centimètres tu pourras l’imprimer à 300 dpi quand tu me la piqueras ?

 

Réaliser de belles photos pour vendre vos cadeaux de noël sur Ebay

Réaliser de belles photos pour vendre vos cadeaux de noël sur Ebay

Ne pouvant pas supporter une messe de noël, je me suis rabattu sur un vin de sacristie hors de prix. Me sentant un peu coupable j’ai pensé aux pauvres et aux nécessiteux qui, chaque année, sont obligés de vendre leurs cadeaux sur ebay afin de s’acheter du pain.

Voici donc une méthode simple et efficace pour éviter d’inonder de photos peux respectables les riches propriétaires terriens qui voudraient d’aventure troquer votre chemise à carreaux, votre cravatte du Stade Toulousain ou votre Brut  de Fabergé version familiale contre quelques piécettes synonyme de pain pour votre famille jusqu’au premier de l’an.
Non, vous n’êtes pas un ignoble individu sans coeur. Vous avez faim.

 

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A l’aide du diagramme ci-dessus :

  • Placez votre précieux sur un fond neutre devant une fenêtre tout en écrasant une larme.
  • Confectionnez un large réflecteur blanc à l’aide de papier (papier cadeau que vous gardez pour conserver les épluchures de pommes de terre). Placez le au plus près sans pour autant qu’il vous gêne lors de la prise de vue.
  • Si les rayons du soleil entrent directement par la fenêtre, tirez le voilage. Si vous n’avez pas de voilage, changez de fenêtre ou attendez que la terre tourne un peu (si ! si ! elle tourne).
  • Prenez quelques photos en cherchant l’angle qui mettra le mieux en valeur votre précieux. Vous choisirez la meilleure vue après un Doliprane.
  • Récitez pour pénitence deux « je vous salue marie » et quatre « notre père ».

 

Et voilà ! Vous n’avez pas, pour une fois, réalisé une photo jaunâtre à 25.000 ISO, Bravo ! Profitez de ce pain, et surtout… faites ceci en mémoire de moi !

 


La photo de couverture à été prise le 21 Septembre 2014 à Narbonne Lors d’un vide grenier. (1/800s à f/4.0 ISO 100. 35mm)

 

things passing by…

things passing by…

Les choses passent, se croisent, vous frôlent. Parfois elles vous font de l’oeil, vous suivent, vous percutent; d’autres fois elles s’éloignent jusqu’à disparaitre ne vous laissant qu’un souvenir. Un flou d’images, de mots et de sentiments. Un écho de mémoire qui s’estompe un peu plus chaque fois qu’on le rappelle.
Photographier c’est aussi jeter des bouées, fixer des balises. Comme le petit Poucet, ces fragments nous permettent de retrouver notre chemin. Ces bouées abritent la mémoire d’un instant, mais comme en mer, une foule d’autres choses viennent s’y ancrer et s’y épanouissent. La photographie est un écosystème complexe qui s’ouvre volontiers à celui qui la regarde.

Ce soir, en rentrant chez moi, j’écoutais un talk à la radio, il était question de camp de roms en région parisienne. J’ai immédiatement pensé à Alain Keler avec qui j’avais eu l’occasion d’échanger lors de la production par MAP Toulouse de son exposition « Journal d’un Photographe ». Il a passé et passe encore beaucoup de temps avec les roms et son travail sur cette communauté est remarquable.

alain_kelerAlain Keler lors de la sélection de ses images, à Toulouse. Juin 2013. Photos S.Giner

Alain Blogue sur son tumblr du même nom : Journal d’un photographe et le sous titre n’est autre que : « Que reste-t-il de notre mémoire si ce n’est une photographie »

J’écoute l’émission de radio, je roule sur le périph, j’ai soudain envie de garder une trace de cette journée. Le métro croise ma route. Click.
On peut toujours trouver à posteriori tout un tas de choses à dire sur une image, même la plus quelconque. Broder. En rajouter. Quoi que l’on puisse en penser il est certain que le choix du sujet, du moment, du cadrage est influencé par votre vécu, vos dernières pensées avant de déclencher qui sont elle mêmes liées à votre journée, votre semaine, les derniers mois et années… Ce n’est donc pas un heureux hasard si on peut retrouver des éléments ou des sentiments qui illustrent notre état d’esprit sur l’image capturée.

Les « choses » passent. Bonnes ou mauvaises, on les saisit comme on peut. Nous autres photographes, faisons des photos.
Aujourd’hui c’était une bonne journée, j’ai vu des amis, filé un coup de main, bu un Pic Saint-Loup infâme et pour la première fois de ma vie j’ai acheté des rideaux. L’approche des fêtes de fin d’année m’ont fait aussi penser à ceux que l’on ne croisera plus, à ceux que l’on croise avec plaisir depuis peux, à une guirlande de galères et de déceptions qui s’accordent très bien avec de scintillantes réussites et satisfactions.

Joyeux Noêl !

Punk’s not dead

Punk’s not dead

A tous ceux qui ont déjà peint -en 3 couches- 200m2 de murs et plafonds à l’aide d’une perche à micro de gaffeur et d’un rouleau d’occase. A tous ceux qui ont décidé de « bricoler » pour la première fois de leur vie après la quarantaine. A tous ceux qui, par un soir d’hiver, ont appris qu’il fallait démonter 75m2 de parquet et tout reposer proprement le lendemain parce qu’ils ne savaient pas clipper deux lames entre elles. A tous ceux qui ont déjà fait la bringue une après midi entière avec leur futur assureur, rencontré un quart d’heure avant via internet. A tous ceux qui prennent le 220v chaque fois qu’ils posent un plafonnier, si possible en équilibre instable sur une échelle trop petite…

A vous tous, aussi, plus modestes dans la démarche et plus sûrs dans le geste :

J’ai le grand plaisir de vous annoncer l’ouverture prochaine de notre studio photo.
Nous c’est Pierre Beteille et moi, accompagnés de temps à autre par quelques complices (dont je ne manquerai pas de vous faire découvrir les chefs d’oeuvre hors-concours ici même)

L’occasion est belle pour ouvrir un blog, et se remettre un peu à écrire après quelques années de flemme disette.

J’ai profité de la large baie vitrée et d’un maigre rayon de soleil pour faire quelques modestes images d’heineken d’Andrea avec le Fuji X-T1 et un 23mm 1.4 R, et, mise à jour du firmware exige, le traitement « Classic Chrome » hérité du x100T. Ce boitier est attachant, vraiment j’aime beaucoup travailler avec !

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